Témoignage d'un Papa au foyer

Interview réalisée par Anaïs Maupoix, éducatrice de jeunes enfants spécialisée en périnatalité et créatrice de BabeeLove.


Florian est mon cousin par alliance. Il est aide médico psychologique, a 37 ans, est marié à Ingrid et papa de Raphaël, 8 ans.

Je dois dire que lorsqu’on a parlé avec Sarah de faire un sujet sur ce thème, j’ai tout de suite pensé à Florian. Je savais qu’il oserait se confier, SANS TABOU et nous parlerait à cœur ouvert. Je l’en remercie encore.


Anaïs : Qu’est-ce qui a motivé ton choix ?

Florian : "D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être papa. Lorsqu’on me demandait, enfant, ce que je voulais faire plus tard, je répondais que je voulais être papa. On me disait que je n’avais pas compris la question mais ce sont eux qui n’avaient pas compris ma réponse. Puis la vie a fait que lorsque ma femme est tombée enceinte j’avais l’opportunité financière d’élever mon fils. De toute façon, je ne me voyais pas le confier. Je me disais : j’ai choisi de faire un enfant, ce n’est pas à quelqu’un d’autre de l’élever à ma place. Quant à ma femme, il lui était impensable de rester à la maison, elle est beaucoup trop dynamique pour ça !"


Anaïs : Est-ce que ce choix de vie est aussi pesant que pour une femme ?

Florian : "Je n’ai pas trouvé ce choix pesant, du moins pas au début. J’ai appris à m’occuper de mon fils. J’étais déjà investi pendant la grossesse, mais j’avais hâte de le rencontrer, de le tenir dans mes bras. C’est plus compliqué pour un père de réaliser ce qui se passe durant la grossesse, de le sentir bouger,… J’avais surtout hâte que notre vie à 3 commence, dans notre foyer, qu’ils rentrent de la maternité pour prendre pleinement ma place.


J’ai appris à m’occuper de lui. Bien que l’envie de devenir papa soit innée, la technique ne l’est pas.

Pour le nourrir et lui changer la couche ça allait, mais j’attendais qu’Ingrid rentre du travail pour lui donner le bain. Ça me faisait peur. J’avais peur de le noyer. Au fur et à mesure qu’il a grandi, j’ai pris confiance. A tel point que lorsqu’Ingrid rentrait du travail tout était fait : repas, changes, toilette … et il était souvent couché. C’est elle qui a commencé à ressentir de la souffrance, souffrance de ne plus s’occuper de son fils.


Rapidement, elle a craqué. Je m’en souviens. Lorsqu’elle est rentrée ce soir-là, il dormait. Elle ne l’avait vu ni au matin, ni au midi … Elle a éclaté en larmes et en criant. J’ai ressenti une vraie tristesse mêlée à de l’énervement. Elle m’a dit que je ne me mettais pas à sa place, qu’elle travaillait dur toute la journée sans le voir, que j’avais le bon rôle, et j’en passe. Je te prie de croire que quand elle vide son sac, tu l’aides à ramasser et tu ne fais pas le malin ! Moi qui voulais être efficace et exemplaire, lui montrer à quel point j’assurais, j’ai dû réadapter ma vision des choses. Je voulais vraiment la soulager de tout ce que je pouvais, la décharger. Seulement, ce que je prenais pour mon rôle de papa au foyer, mettait à mal une partie de la relation avec son fils. On s’est réajusté comme ça. Par exemple, je ne donnais plus le bain systématiquement et lui demandais si elle voulait le faire. Parfois oui, d’autres fois non. Une nouvelle dynamique s’est ainsi mise en place dans notre foyer. Et puis aussi je me levais plus la nuit pour qu’elle puisse se reposer. Mais j’ai eu de la chance : Raphaël enchaînait des nuits de 20h à 10h dès l’âge de 3 mois. Tout le monde ne peut pas en dire autant !


Aujourd’hui, avec le recul et la maturité, j’ai conscience que le bain était un vrai moment d’échange entre Ingrid et Raphaël. C’était leur moment privilégié entre mère et fils. C’était aussi un moment d’échappatoire pour moi, puisque c’était un moment qui me faisait peur. À ce moment-là, pour moi, il fallait faire la toilette un point c’est tout. C’est plus tard que j’ai compris tout ça.


De mon côté, c’est au bout d’un an que j’ai commencé à saturer. J’avais du mal à le voir, à l’écouter, à m’occuper de lui, … Je ressentais comme un écœurement à faire toujours la même chose. Je m'énervais très vite et je n’avais plus de patience. Durant quelques mois, ça a été très compliqué. Mais j’ai fini par relativiser en me disant que c’était un choix de vie et que finalement, c’était un privilège. Au fur et à mesure, ça s'est amélioré."


Anaïs : Quel lien entretiens-tu avec ton fils aujourd’hui ? Quel lien entre lui et sa maman ?

Florian : "Raphaël et moi avons toujours eu une relation très fusionnelle, parfois au dépend de sa mère. Quand il était petit et qu’il était malade ou qu’il tombait, c’est papa qu’il voulait. Quand il ne me voyait pas, il pleurait souvent. Lui et moi sommes, même à l’heure actuelle, très fusionnels. Alors parfois, ça fait des étincelles. C’est vrai que je peux avoir du mal quand je suis contredit sur des sujets le concernant, ou sur son éducation. Même par sa mère… J’estime parfois, à tort, être le plus qualifié pour le rendre heureux. Je laisse peu de place aux autres. Mais je commence à me rendre compte de ça et à laisser plus de champ libre aux autres membres de la famille."


Anaïs : Comment as-tu vécu ta virilité à ce moment de ta vie ?

Florian : "Je n’ai jamais eu de soucis par rapport à ça. Je me moque du regard des gens en général, sur ma façon d’être et de vivre. Donc s’il y a eu des critiques sur notre façon de faire, je ne m’en suis jamais rendu compte parce que je m’en fous complètement ! Par contre, à un moment donné, c’est Ingrid qui rentrait et se plaignait si le repas n’était pas prêt, que la vaisselle ou le ménage n’étaient pas faits en temps et heure. Mais elle subissait une grosse charge au boulot et moi, je la délaissais un peu pour m’occuper de Raphaël. Alors elle se rappelait à moi en étant un peu sur mon dos mais d’une certaine façon j’ai pu ressentir ce que ça faisait d’être une femme dans les années ‘60 ! "

[Ndlr : Malheureusement encore trop de femmes des années 2020 vivent cela aussi !]



Anaïs : Comment as-tu vécu le retour sur le marché de l’emploi ?

Florian : "Ça a été un choc ! Une vraie claque ! Du mal à m’adapter ! Raphaël était chez une nounou (excellente !) mais moi… je m’imaginais toutes sortes de scénarios catastrophes! Ça me plombait le moral et je n’arrivais pas à me mettre dans mon boulot. J’ai fini par m’y faire. Aujourd’hui il a 8 ans, et je me surprends même à commencer à le laisser seul à la maison pour aller faire une course ou le marché. Je me presse en général, j’ai quand même toujours peur qu’il y ait un incendie ou un ravisseur qui passe par là. C’est peut-être ridicule mais c’est mon instinct de papa qui s'enclenche…"



Anaïs : Que dirais-tu de la charge mentale dont on parle beaucoup ces derniers temps ?

Florian : "Au niveau du rangement de l’appartement, par exemple, quand elle me faisait des réflexions, je les prenais très mal ! J’estimais que si moi je m’étais permis de lui dire ces choses-là, je serais d’abord passé pour un misogyne, sexiste, arriéré, de la pire espèce et qu’en plus, elle ne les aurait jamais acceptées ! Je trouvais ça tellement injuste !

Après, il faut être honnête : parfois, ça m’est arrivé de me cacher derrière ce rôle de parent au foyer pour ne pas faire grand-chose à l’appartement… Je l’avoue :) On est ensemble depuis 12 ans, on vit ensemble depuis 10 ans et on est mariés depuis 6 ans. Je vais te dire, ça doit faire 1 an seulement qu’on a réussi à trouver un équilibre dans la répartition des tâches ménagères. Elle lave la vaisselle, je l’essuie et je range. Elle trie le linge, je le porte (parce que c’est lourd), je le mets à la machine et elle l’étend … Parfois je fais “ses” tâches mais, comme pour la vaisselle, elle préfère la faire parce qu’elle trouve que c’est mieux fait (en fait, c’est parce qu’elle en profite pour mettre ses écouteurs et prendre du temps pour elle pour regarder ses séries en même temps, mais chuuuuut elle pense que je ne le sais pas).

En fait, avec Ingrid au début ça a été des non-dits, il fallait deviner ce qui n’allait pas chez l’autre. Après, on s’est un peu craché nos vérités. Maintenant, on arrive mieux à discuter de ce qui ne va pas, ou même de ce qui va.

Finalement, je dirais que le fait d’avoir voulu être papa à plein temps, je lui ai un peu imposé. Elle l’a un peu subi car c’était plus mon choix que le sien et que j’ai peut-être eu plus de moments privilégiés avec Raphaël qu’elle…

Au jour d’aujourd’hui, tout ce que je peux dire c’est que m’occuper de lui en tête à tête pendant ces quatre années est la meilleure chose au monde que je n’ai jamais faite. Il est, avec sa mère, la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivée. Ça m’a formé en tant qu’adulte. Je n’ai jamais eu de meilleur boulot que celui d’être papa. Il est grand, il est le bonheur de ma vie et pour rien au monde je n’en voudrais d’autre à ce moment précis."

Un grand merci Florian pour tes confidences !


Anaïs.



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